Portraits

Lison Fourquet-Roueire

La positive attitude

Sa date de naissance : 25 janvier 1981
Sa ville : Région toulousaine
Son pays : France
Son handicap : Polytraumatisée suite à accident de la voie publique entraînant une paralysie jambe gauche

Sa fierté : D'aller aux bouts de ses rêves

Photo de Lison Fourquet-Roueire

Tu as un ange gardien ?

Oui et il s’appelait Marcel. Avec le recul, je me dis que si Marcel n’avait pas été là, je ne pourrais pas vous parler aujourd’hui. Parti bien trop tôt en tout début année d'une crise cardiaque, j’aimerai lui dédier cet article...

J’ai eu un accident de moto le 8 mai 2000, à 3 heures du matin, sur une petite route de Haute Garonne, avec mon copain, devenu mon mari aujourd'hui. J’ai fait un vol plané de 47 m et c’est mon sac à dos qui m’a stoppée net sous la barrière de sécurité et heureusement car en contrebas, une voie ferrée et un train qui passait au même moment.

Le pronostic vital était engagé pour nous deux, cassés de partout et avec plusieurs hémorragies, nous avons attendu les secours pendant plusieurs heures avant d’être évacués. Heureusement, Marcel nous suivait en voiture et s’est occupé de nous. Il m'a maintenue, calmée et stimulée en attendant l'arrivée des secours... cinq heures plus tard ! Heureusement, ma tenue de motard m’a bien protégée aussi. J’ai pris conscience de la chance que nous avons d’être encore en vie.

A l’arrivée aux urgences, il fallait avant tout, arrêter les hémorragies, et stabiliser nos états. Puis, j’ai été opérée 10 jours plus tard de nombreuses fractures à la jambe gauche (péroné, tibia et plateau tibial). Il a fallu attendre près de 3 ans pour que je sois enfin consolidée : multiples opérations, kiné, nombreuses rééducations… Pendant toute cette période, mon mari et moi étions bien entourés, tant par les équipes médicales que par la famille et quelques amis. Par contre, une fois le milieu hospitalier quitté, nous n'avons plus eu ni suivi médical ni soutien psychologique, donc par moment cela a été dur... je n’avais alors que 19 ans.

 

Comment s’est passée la reconstruction ?

Après toute cette période où on est allongé, la venue du fauteuil roulant c’est une délivrance : enfin je peux bouger.

C’est quelque chose qui est difficile à faire comprendre à notre entourage. Les gens ont le sentiment que l’on se résigne, alors que c’est tout le contraire. Une fois que j’ai pris conscience que demain je ne serai plus comme hier, il faut continuer à vivre, il faut avancer et j’ai toujours des rêves donc il faut s’adapter. Le combat, il est là.

Par la suite, je quitte l'hôpital pour devenir pensionnaire d'un centre de rééducation pendant plusieurs mois. J'en sortirai en béquilles et mes longues séances de rééducations en kiné libéral vont me permettre de retrouver la marche.

Fin 2003, j’arrive à me débarrasser du fauteuil roulant et des béquilles mais je reste boiteuse, à cause de ma parésie (paralysie incomplète) des nerfs et du muscle releveur du pied, avec, pour essayer de compenser, mon dos qui se tord, ce qui provoque d'autres douleurs.

Passionnée par les sapeurs-pompiers depuis l'âge de douze ans, j'ai d'abord cru que mon rêve de rejoindre un jour une caserne du département s'envolait.

Les mois passent, puis arrive la catastrophe d'AZF, à Toulouse. Je découvre à cette occasion le service de secours et d'urgence de la Croix-Rouge Française, que je parviens à intégrer par la suite. Ainsi, j'ai pu assouvir une partie de ma passion... sans le combat du feu.

Quelques années plus tard, partiellement comblée et quelque peu acharnée, je décide malgré tout de tenter de passer l’examen de sapeur-pompier volontaire, en vue d'intégrer un centre de secours proche de chez moi. J'ai toujours pensé qu'il était important d'aller au bout de son chemin pour accomplir ses rêves ; en fait, l’essentiel, c’est de tout donner pour ne pas avoir à vivre avec des regrets. Les épreuves sportives n’étant pas éliminatoires, je m’en suis donc bien sortie. Seule la course a été très dure ; j'ai, malgré tout, donné tout ce que j'avais au point même de réussir à trottiner ! La dernière étape arrive : la visite médicale. Malheureusement, j'échoue juste devant la porte ; je n’avais pas la taille requise, j'ai été recalée pour deux petits centimètres... Fin du rêve, mais sans regret donc car je n’ai pas failli par un manque d’entraînement.

En 2008/2009, j’ai de nouveau des douleurs importantes et invalidantes dans la jambe, avec des répercussions au niveau de la colonne vertébrale. Mon handicap évolue... Après plusieurs avis médicaux, la solution est l'utilisation d'un fauteuil roulant pour tous mes déplacements extérieurs ou prolongés, l'adaptation de mon véhicule et le suivi d'un traitement médicamenteux.

Je vis donc avec ces douleurs, et mon fauteuil. L'utilisation partielle du fauteuil n’est pas toujours bien perçue par l’entourage, dont certains pensent même parfois que je « pourrais faire plus d'efforts »... Forcée de constater que cela me soulage bien, le coup psychologique est dur car j’approche de la trentaine et je pensais que j’en avais fini avec tout cela.

Cet accident m’a beaucoup changée, je suis plus posée, mes décisions sont plus réfléchies, j’ai l’impression d’être devenue adulte à ce moment-là.

Avril 2017, une nouvelle aggravation importante est apparue, et là après de nombreux examens, un nouveau et bon médecin généraliste, qui est à mon écoute, voit que j’ai le péroné toujours cassé. Résultat : une nouvelle opération est réalisée en décembre 2017. Depuis, mon péroné ne me fait presque plus mal. Bon cette douleur est partie, mais les séquelles de l’accident sont toujours là, la fatigabilité, les muscles et les nerfs touchés. Cela n’enlèvera pas le fauteuil mais cela va m’enlever 30 % de mes douleurs.

 

Et ta vie de femme dans tout cela ?

Je me suis mariée avec mon copain de l’époque. Tout ce que nous avons traversé nous a renforcés. Il y a pourtant une chose que mon accident n’a pas changée : mon désir d’avoir des enfants. J’ai toujours pensé que j’en aurai. Mes 2 grossesses ont été très suivies et j’ai été en arrêt de travail dès le 4ème mois de grossesse car j’étais très fatiguée et les douleurs thoraciques étaient assez fortes. Mais dans l’ensemble tout s’est bien passé. J’ai profité de mes grossesses sans aucune crainte. Je suis fière et satisfaite de ce que j’ai fait. Le handicap c’est notre quotidien, nos enfants y sont habitués, et ils ne portent pas le même regard sur la différence.

 

As-tu des « exutoires »?

Oui notamment le sport. Avant mon accident je n’étais pas vraiment une grande sportive mais j’étais fan de rugby. J’étais active : vélo, course à pied… En fauteuil, on s’encroûte, donc je cherchais une activité pour me défouler. Quand il y a des interdits, il faut toujours que je les brave. Avant l’accident, le ski ne m’attirait pas vraiment, et dès lors que je ne peux plus en faire, j'ai voulu dévaler les pentes enneigées. J’ai essayé le surf, mais cela n’a pas été une réussite, j’ai passé plus de temps les fesses dans la neige que debout. Je pense que j’essaierai bien le ski fauteuil, un week-end...

Un jour, on m’a proposé de rejoindre une équipe de tennis de table en handisport pour pratiquer en compétition. C’est une super aventure, un esprit d’équipe, une famille, la barrière du handicap s'envole, ce qui fait qu’il n’y a pas cette retenue.

J’ai donc découvert ce sport, les compétitions qui me plaisaient. Les pauses méridiennes des journées de compétition étaient très décontractées et ça chambrait dur, mais dans le respect. Cela fait du bien ces moments-là, car il n’y a plus de tabous. Même si on ne se connait pas vraiment on sait que les coéquipiers handicapés comprennent ce que l’on peut ressentir. On ne peut pas comprendre certaine chose si on ne les a pas vécues. Cette incompréhension, je la retrouve parfois chez certaines personnes de notre entourage, y compris des amis.

Lors des premiers entraînements auxquels j'ai participé, j'ai joué contre une personne tétraplégique : je passais mon temps à m’excuser de faire des coups « limites », comme de renvoyer la balle juste derrière le filet. Au bout d’un moment, il m’a dit « tu vas t’excuser longtemps comme ça ? Tu n’as pas à le faire, c’est ça ta force ! Avant le début du match, tu observes les faiblesses de ton adversaire pour gagner et c’est comme cela qu’il faut jouer ». Je trouvais que cela n’était pas équitable, mais toujours est-il que je n’ai jamais gagné contre lui !!!

Le tennis de table c’était bien, mais pas suffisamment physique pour moi : je trouve que les déplacements sont trop limités.

Depuis octobre 2017, Je me suis tournée vers le rugby à XIII en fauteuil au Stade Toulousain Rugby Handisport : une bonne ambiance et du physique, c’est pile ce qu'il me fallait ! On joue à 5 contre 5, ce sont les mêmes règles qu’au rugby à XIII « valides ». Au début je n’ai pas eu conscience à quel point c’était violent, mais lorsque j'ai compris, je ne pouvais plus faire marche arrière : fière et chargée d’adrénaline, je devais essayer ! J'y ai tout de suite pris goût. Les équipes sont mixtes, mélangeant hommes, femmes, handicapés et valides.  Les fauteuils que l’on utilise ont un fort carrossage, on joue avec un ballon ovale légèrement sous gonflé, et on est attachés sur le fauteuil en 3 points. Les règles de jeu sont identiques sauf pour le plaquage bien évidement.

Lorsque je joue je m’éclate complètement, je fais le vide, cela me permet de me défouler.

Du fait de mon opération de décembre 2017, j’ai dû arrêter les entraînements pendant trois mois. Remontée à bloc, je reprends mi-mars en enchaînant mes premiers matchs officiels le week-end suivant...

Il ne faut pas confondre avec le quad rugby qui a des règles différentes, celui-là fait parti des épreuves aux jeux paralympiques.

Il n’y a pas que le sport qui me serve de dérivatif, la musique occupe aussi une part importante dans ma vie. Après 20 ans de guitare je me suis lancée dans la batterie. Cela correspond plus à mon état d’esprit. Je m’évade dans la musique, c’est la liberté, je me laisse porter par la musique c’est aussi un moyen de me défouler. Je fais partie d’un groupe de musique, « les radis noirs ». Je répète chaque semaine, on se produit dans des bars, des soirées privées, lors de différents événements…

Avec toutes ces activités et ma petite famille je suis bien occupée, et ça me va bien, du moment que ça bouge et que je peux m’adapter.

Comme je l’ai déjà dit, j’ai frôlé la mort, maintenant je profite au maximum, j’essaie de faire tout ce dont j’ai envie, et surtout de ne pas m’empêcher de réaliser mes rêves.

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