Portraits

Sandra Marinello

Sandra, un rôle prépondérant pour la réussite éducative de l'élève handicapé

Sa date de naissance : 8 octobre 1968
Sa ville : Montgaillard Lauragais 31
Son pays : France
Son handicap : Aucun

Sa fierté : Je suis fière de pouvoir exercer mon métier dans l'accompagnement de personnes en situation de handicap.

Photo de Sandra Marinello

Je suis AESH (Accompagnante d’élève en situation de handicap) depuis 6 ans: anciennement appelé AVS (Auxiliaire de vie scolaire).


Quel est ton parcours Sandra ?

J'ai un bac en biologie, une licence de psychologie, le BNSSA (brevet national de sauveteur secouriste en milieu aquatique), une formation en sophrologie à la préparation mentale et à l'utilisation des techniques douces. J'ai été également formatrice dans la recherche d’emploi. Animatrice en ALAE (Accueil de loisirs associé à l’école).

 

Quelle est ta motivation de départ ?

J’ai toujours voulu être dans l’accompagnement des enfants et / ou des adultes en situation de handicap, personnes âgées, ou des personnes sportives ayant été blessées. Dans les situations de personnes présentant un handicap, il y a une rupture de leur vie sociale, il faut apprivoiser et redécouvrir son corps. Je trouve que par le biais du sport et plus particulièrement par la piscine on y arrive. L’eau est un fabuleux médiateur pour la réappropriation de son corps et de la rencontre avec l’autre.

 

Sandra, peux-tu nous expliquer ton travail ?

En 2003, l’Education Nationale (EN) a mis en place un nouveau statut : les AVS /AESH, statut crée suite à la loi de 2003 sur l’intégration obligatoire des enfants en situation de handicap en milieu scolaire ordinaire. J’ai été recrutée en 2011, à ce moment-là il fallait le bac, un entretien devant un jury et une bonne motivation. J’avais déjà travaillé avec des enfants et par mon parcours j’avais de bonnes dispositions pour être recrutée. Ensuite j’ai été contactée par l’EN pour une affectation, celle-ci doit se situer autour de 20 km de chez moi.

Mon travail consiste à accompagner les enfants, dans le cadre scolaire uniquement. J’ai un contrat de 20h par semaine. Je suis auprès d’eux pour les aider dans l’apprentissage scolaire. Je les aide à avancer, je mets en place différents moyens et méthodes, en fonction du handicap de chacun.

 

As-tu des partenaires pour t’aider dans ton travail ?

L’enfant que j’ai accompagné pendant 5 ans, à l'école primaire, est malvoyant. J’ai obtenu de l’aide avec le centre de Lestrade à Toulouse, spécialisé dans l’enseignement pour les aveugles et malvoyants. J’ai pu rencontrer des institutrices et leur demander des conseils, faire de l’échange d’outils pédagogiques adaptés. On doit souvent adapter des outils existants au handicap, car la vision peut être très différente d’un malvoyant à un autre. Par exemple pour cet enfant, il a fallu adapter son bureau avec un plan inclinable, afin qu’il ne soit pas plié sur son bureau pour lire. Ceci a été possible en primaire, mais au collège il faudra trouver un autre système, car les élèves changent de classes à chaque cours et le bureau ne peut pas suivre. C’est une adaptation permanente pour les enfants.

Pour le matériel adapté, c’est à nous, AESH, de préconiser tel ou tel matériel aux enseignants ou au centre de Lestrade, qui avertira les parents, et ce sont eux qui feront une demande auprès de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées). Dans le cas d’autres handicaps, il arrive que les enfants soient suivis par des personnes en libéral, là c’est l’enseignant qui prend contact avec eux, et dans le cas des suivis en hôpital de jour, on peut rencontrer les intervenants lors de la réunion de suivi une fois par an.

L’EN a créé en 2003 un pôle pédagogique pour les AESH et mis en place des groupes de parole afin d’échanger les expériences, mais faute de moyens ces groupes se sont arrêtés. Les personnes à qui l’on peut se référer sont en principe celles de la cellule du pôle pédagogique de l’EN, l’enseignant et la direction de l’école, mais la plupart du temps la cellule pédagogique n’est pas joignable et le suivi des dossiers d’accompagnement n’est pas explicite.

 

Comment se passe la rencontre avec les enfants, l’accompagnement ?

Le rendez-vous est fixé à l’école, le premier contact se fait directement dans la classe, c’est la découverte totale de l’autre car je n’ai pas eu de dossier sur l’enfant et aucune rencontre préalable. Quelquefois les enseignants ne sont pas au courant de ma venue.

Dans un premier temps je fais le point avec l’institutrice qui me communique les avancées de l’enfant et surtout les objectifs à atteindre. Ensuite je fais connaissance avec l’enfant, je me présente et lui explique le pourquoi de ma présence, « je suis là pour t’aider dans la classe, si tu as besoin tu me demandes ». Il ne faut pas être dans l’envahissement. Je lui expose les objectifs à atteindre, qu’ensemble on va y arriver, en lui donnant les moyens d’y parvenir.

Les objectifs étant fixés, je procède étape par étape.

Dans un premier temps je vais observer l’enfant, il faut à tout prix créer le lien. Je dois comprendre ses centres d’intérêts, c’est comme une pelote de laine, il faut trouver le bout et ensuite je tire sur le fil, ce qui me permet de les utiliser comme outil ou comme récompense. Ensuite j’adapte les supports de travail en fonction de l’enfant et de son handicap ; si cela ne marche pas j’essaie avec un autre support. A chaque progrès, je fais un compte rendu à l’enseignant. Dans mon travail auprès de l’enfant je dois tenir compte de son environnement, donc des autres enfants de la classe. Petit à petit je rentre en relation avec eux et l’Atsem (si je suis en maternelle). Je dois avoir une attitude bienveillante avec eux, tout en n’étant pas dans l’aide, et faire que je sois acceptée. Dans la relation que l’on développe avec les enfants, il faut aussi tenir compte de leur vécu, car souvent ils prennent tout de manière violente, ils n’ont pas de filtre. Le retour est tout aussi violent, ils sont "cash", donc il faut savoir prendre du recul en tant qu’adulte et accompagnant.

De même, je fais attention aux vêtements que je porte, de manière à ne pas me sentir entravée, je fais aussi attention à leurs couleurs, qui peuvent être violentes pour certains enfants, au parfum que je mets, dont certaines fragrances peuvent insupporter. Il ne faut pas omettre que si un sens est faible, les autres sont plus développés pour compenser. C’est l’expérience qui fait que l’on pense à ces choses-là. Se mettre au niveau physique de l’enfant, ne pas rester debout. Plein de petits détails qui peuvent être pris comme une agression par l’enfant en difficulté. Ma perception varie face à chaque enfant, je dois me remettre en question à chaque fois, pour trouver le bon bouton.

Ma présence n’est pas toujours bien ressentie par les enseignants, le regard n’est pas toujours bienveillant car ils ont peur d’être jugés sur leur travail. En primaire il n’y a plus d’Atsem ; donc le seul adulte dans la classe est l’instituteur et il n’a pas l’habitude d’être observé pendant son travail. Je dois surtout arriver à savoir quand je dois intervenir, et ne pas donner l’impression d’être dans une attitude de jugement. C’est une relation tripartite : la classe, l’enseignant et l’enfant. Je dois trouver le juste milieu et l’équilibre entre tous, en établissant une situation de confiance entre toutes les parties. C’est une situation pas toujours facile, mais avec le temps et l’expérience je le gère de mieux en mieux.

Quant aux parents, il nous est interdit de prendre directement contact avec eux.

 

Tu peux nous décrire le ressenti de l’enfant, par rapport à ton arrivée ?

La première fois ils sont très agités, nerveux, inquiets. Au début c’est « T’es qui toi ? Qu’es ce que tu viens m’embêter, je suis grand… j’ai besoin de personne… ». Mais ça ne dure pas, car les enfants ont ça de génial c’est qu’ils sont curieux, ils veulent te connaître, savoir qui tu es, donc ils s’approchent. La curiosité prend le dessus et quand ils voient que tu connais le personnage qu’ils viennent de dessiner, que tu connais les mêmes dessins animés, alors on parle le même langage. On rentre dans leur cercle privé, et la confiance s’installe.

Le ressenti de l’enfant par rapport à son handicap est différent suivant les âges, c’est quelque chose qui les envahit mais qu’ils ne savent pas définir. Ils peuvent se sentir rejetés ou non compris par les autres enfants, mais ne savent pas vraiment pourquoi. Il faut établir des règles sociales, expliquer à l’enfant : "Si tu ne veux pas être envahi par les autres, il faut maintenir les distances toi aussi ".

Le choc à un moment donné, c’est la prise de conscience du handicap et notamment en primaire : les enfants n’ont pas de copains, ils se tournent vers les plus petits mais physiquement ils font peur car ils sont plus grands, donc les relations sont difficiles. Il faut qu’ils apprennent à communiquer, qu’ils puissent expliquer leur handicap, dire ce qu’ils ressentent et leurs difficultés. C’est une étape importante, car c’est une partie de la prise de conscience de leurs difficultés. Il faut arriver à faire comprendre aux enfants que leur faiblesse peut être une force, un plus.

 

Pour toi, quelles sont les qualités requises pour effectuer ce travail ?

En tant qu’AESH il faut être tout le temps à l’écoute de l’enfant, ressentir que certains jours il peut y avoir des éléments parasites qui l’envahissent et l’empêchent de se concentrer sur autre chose. Il faut en avoir connaissance pour agir en conséquence, car l’environnement dans lequel évolue l’enfant conditionne son comportement.

  • Il faut avoir conscience que dans ce moment-là l’enfant ne peut pas, plutôt qu’il ne veut pas. Quelquefois c’est compliqué à évaluer, c’est pourquoi la communication avec l’entourage est primordiale car il faut que je puisse avoir connaissance des informations pour pouvoir adapter mon comportement dans la foulée. J’ai appris avec l’expérience qu’il faut savoir accepter qu’à certains moments on ne peut rien faire, que l’enfant est en surcharge de données, il faut être patient et quelques jours après tout se débloque.
  • Il faut savoir créer le lien et la confiance pour les accompagner dans le quotidien, être à l’écoute afin de ressentir l’agacement, et en même temps être dans la retenue, "je suis là mais je ne t’envahis pas, je suis là si tu as besoin".
  • Il faut être maternante mais sans prendre la place de la maman, savoir mettre des barrières et rester sur le champ professionnel. Etre proche, mais sans copinage.
  • Il faut mettre son propre vécu et d'éventuels traumatismes de côté afin que l’autre ne le ressente pas. Il peut y avoir des similitudes dans son propre parcours et celui de l’enfant, donc on comprend mieux ses difficultés, mais il ne faut pas oublier que c’est lui qui les vit. Il ne faut pas être trop dans l’empathie et bien se différencier de lui. Cela signifie aussi ne pas prendre pour soi les remarques et les difficultés de l’autre, tout en les comprenant. C’est un gros travail sur soi à faire aussi, cela demande beaucoup d’énergie, tout en restant centré sur l’enfant.
  • Il faut savoir instaurer une relation avec la famille : elle n’est pas toujours facile, car les familles ne sont pas toujours dans l’acceptation de la situation de leur enfant, il peut y avoir un refus du handicap. La famille a une démarche importante à faire aussi de son côté dans l’acceptation car elle ne pourra pas aider son enfant en niant la situation.

En communiquant avec la famille, je joue le rôle de médiateur entre ses membres et l’instituteur, par le retour d’information. Les familles arrivent plus facilement à se confier à moi car je n’ai pas de jugement. Je suis très proche de leur enfant, elles prennent conscience des progrès qu’il fait, alors la confiance s'installe.

La relation sur du long terme peut avoir des mauvais côtés car on connait les difficultés de l’enfant, on ne va pas le pousser dans ses retranchements. Idem de leur côté, ils peuvent en jouer. C'est pour cela que nos affectations sont courtes auprès des enfants.

 

Que t’apportent ces expériences, ces rencontres ?

Ces rencontres sont très enrichissantes sur le comportement à avoir, sur le regard que l’on porte sur autrui. Elles m’ont appris à être encore plus dans la bienveillance vis-à-vis des autres.

J’ai appris à prendre de la distance vis-à-vis de la personne aidée, à être dans l’empathie mais pas trop, de manière à ne pas avoir une relation fusionnelle. Je sais prendre suffisamment de recul pour pouvoir être plus à l’écoute et encore plus efficace.

J’ai compris et adopté, au fil des rencontres, l’importance de la communication non violente et corporelle. Il faut trouver la façon de dire les choses et que les mots ou le ton employés ne soient pas pris comme une agression par l’enfant. Reformuler, ce qui est dit de manière « cash » de la part de l’enfant et lui faire comprendre qu’il faut de la modération. Cela est valable entre adultes, mais avec les personnes en situation de handicap beaucoup de choses peuvent être prises comme des agressions. Dans la communication, j’ai appris à formuler mon ressenti, mes sentiments, plutôt que de les exprimer. Notamment quand il m’arrive d’être en colère, je le dis à l’enfant et lui dis pourquoi. Je suis dans la communication en permanence, pour moi c’est l’expression de ma démarche vers les autres et de leur respect.

 

Ton prochain objectif ?

Je souhaite accentuer mon action d’accompagnement par le sport en intégrant une association de natation et monter ou intégrer une section handi.

Cette année je continue ma formation en natation afin de valider le titre de maître nageur sauveteur.

 

As-tu un dicton ou une phrase fétiche ?

Voici une citation qui raisonne pour moi, de Nelson Mandela 

"J'ai appris que le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de la vaincre."

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